"The future belongs to those who live in the now."

 

(lu dans le métro, Dubaï)

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Hall de la mairie - LE MANS

JANVIER - FEVRIER 2019....

 

 

LEDRU VOYAGE,  PEINT

lES EXPOS s'enchaînent sans JAMAIS être les mêmes, des moments pour échanger ses expériences et s'aérer mutuellement nos neurones....

 

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23 rue Rode

33000 BORDEAUX

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AUTEUR

AFRICAINES < NOTES DE VOYAGES +

NUANCES

 

Faites gaffe à la francophonie. N'allez surtout pas dire à un Burkinabé de Ouagadougou que vous avez un gros bobo sur le bout du nez. C'est comme si l'on vous disait que vous avez un un petit breton au milieu du menton. Un Bobo à Ouaga ce n'est ni un bouton ni un Breton. C'est un bobolais, un beau bobolais car les bobos sont beaux, un indigène de Bobo-Dioulasso. N'allez pas dire non plus à ce beau Bobo de Bobo-Dioulasso que, ayant eu de la chance pour telle ou telle raison, il est vraiment gâté. Il pourrait le prendre mal car vous lui signifieriez, avec un grand sourire sur le nez, qu'en fait il est foutu, HS, dégénéré. Façon de parler. Et faites gaffe à la francophonie.

 

Bordeaux, octobre 2004

LE MAL

 

J'ai mal à la France. On pourrait commencer comme cela. Mais ça ferait un peu titre de roman -il existe déjà "le mal de peau" -. Un peu trop market-philosophie, trop grande pompe, trop intello. Trop au dessus de la mêlée, car ce ne serait qu'une pirouette linguistique gouleyante pour rédactions en quête de titres aguichants. Et pourtant, non, il n'y a rien d'autre qui me passe par la tête. J'ai mal à la France. Ce n'est pas un mal qui vous empêche de dormir, mais il agit en profondeur. Il n'existe ni homéopathie ni médicament plus radical qui puisse en venir à bout si ce n'est une vraie opération chirurgicale, radicale et générale, mais dont la décision -loin s'en faut ­n'appartient pas au patient. C'est pourtant un mal qui vous bousille toute une vie, finie, foutue. On a déjà dit et écrit que la France allait mal, que la France s'ennuyait à l'époque où la Chine s'éveillait. Aujourd'hui, ça y est la Chine est réveillée et la France fait toujours la grasse matinée. Les panneaux Attention, Danger, dans toutes les langues, (mais le Français ne comprend pas les langues étrangères) se sont mis à clignoter, surtout lorsque le pays entrait ou était dans une période de crise. Aujourd'hui, le pays est toujours en une période de crise. Etat chronique. Défaitisme. La crise: le mal français, sauf pour les éditeurs qui ressortent les vies de Napoléon ou de Louis XIV en livre de poche. Le mal français qu'il ne faut pas confondre avec le mal à la France. Le mal français, on l'ausculte de l'extérieur, on compatit et passe sur l'autre chaîne. On pourrait parler, mais ici ça n'intéresse personne, d'un mal portugais, polonais ou africain, tiens! Ni chaud ni froid. Le mal français n'est pas, lui, comme le mal à la France une histoire viscérale qui remonte des tripes vers l'estomac. On a mal à la France parce que la France va mal et qu'elle n'en fait qu'à sa tête, qu'elle continue de croire que partout on la désire, qu'elle ne saurait que pratiquer l'égalité, vivre sa liberté et chanter sa fraternité. La France a besoin d'être aimée et ne fait plus grand chose pour le mériter. Aigles à une ou deux têtes, dragons, griffons, lions.... d'un petit coq, ils ne font qu'une bouchée. On avait la Droite la plus bête du monde, on a maintenant la Droite la plus dure de notre Histoire, et on applaudit bien fort pendant qu'elle casse, superbe, n'osant même plus parler de France d'en bas. Alors, la Gauche qui est sûre dans deux ans de revenir aux affaires. Les militants y croient dur comme fer. C'est qu'il faut vraiment y croire. En 2002, elle s'est prise une bonne branlée, mais peut-être pas encore assez pour que les éléphants qui pataugent depuis 5 ans aient pu sans attendre dégager. Une fois l'électrochoc passé, non, elle s'est pas remise à travailler, c'est qu'elle avait largement le temps d'ici sept ans de faire un vrai programme de gouvernement. Il fallait laisser le temps au temps. Fallait d'abord adopter l'attitude du doigt pointé. C'est pas notre faute, c'est celle de l'autre. Elle s'est remise à rêver des après demain qui chanteraient à tue-tête. Sauf qu'ils fallait des paroles à la petite musique et au bout de cinq ans, on n'a toujours pas le texte. Et pendant ce temps là, sur la droite, rampante, sans faire de bruit, c'est la petite bête qui enfle, immonde, qui monte qui monte qui monte. Ça fait mal au ventre.

 

Ouagadougou, avril 2005

LA GROTTE DE SIKASSO

 

La grotte de Sikasso n'est ni la grotte de Lascaux ni celle de Bernadette Soubirou. lei, c'est le Mali, encore l'un de ces pays d'Afrique triangulaire où les frontières des blancs, coupées au couteau avec des armes souvent moins blanches ne veulent rien dire. Ni peintures rupestres ni cierges pour la petite bergère qui aurait aperçu une Dame qui aurait été la maman du petit Jésus. Point de bisons donc, ni d'immaculée conception.

La grotte de Sikasso se mérite. Pistes, nids de poule -ou d'autruche plutôt -ornières et poussières de latérite. C'est comme un laissez-passer, une autre manière de dire qu'il faut s'essuyer les pieds avant d'entrer. Tant mieux. Imaginez un peu une quatre voies jonchée de parcours santé, d'aires à pipi, crème glacée et tables à langer, de parkings bitumés...

La grotte de Sikasso s'élève fière de son beau grès noir aux formes grasses, gris par endroits parfois. Les Blancs aiment dire qu'il s'agit là d'un paysage lunaire. Chacun sait que les blancs ont décroché la lune, même s'ils n'arrivent toujours pas à distinguer les feuilles du manguier de celles du karité. Ils ont quand même du mal à faire leurs intéressants, car la grotte de Sikasso, elle ne se cause pas, on ne la saisit pas avec sa matière grise, on ne la lit pas dans les guides, elle n'est pas exotique, ce n'est pas un truc touristique.

Bon, alors, c'est quoi ce binsse, votre grotte machin, là, de Sikasso '?

 

OK, on se calme s'il vous plaît. Car on arrive, tout petit, comme au pied du baobab -les blancs aiment bien dire qu'on est bien peu de chose sur cette terre, ça fait bien, même s'ils n'en croient pas un mot -. On lève les yeux vers le sommet du mont, de la falaise, du pic, appelez ça comme vous voudrez. On s'accroupit ensuite auprès du fétiche animiste, des plumes, des excréments peut-être, des plumes, des ossements, rien de bien ragoûtant pour un blanc même si justement il a décroché sa thèse sur les croyances populaires avec les félicitations du jury. On fait un vœu quand même, nous les blancs, même si l'on n'égorge ni poulet, ni bœuf ni mouton, on ne sait jamais. mais attention, pas du style: " Mon Dieu, faites que Raffarin baisse ma TVA pour les êtes de fin d'année" ou encore" Faites que mon mari arrête de baiser la voisine". Non, non, non, il faut des vœux pieux pour le bien du prochain, le mieux-être de mon voisin (qui n'est pas forcément le mari de ma voisine), de ma famille, de mes amis et de tous ceux dans le monde que je ne connais pas, et Allah sait s'il y en a.

 

Attention encore, même le Blanc doit respecter la règle. Si le vœu est exaucé, il faudra donner son obole pour soulager une petite misère du monde, sinon, c'est le mauvais sort. C'est normal, il faut bien dédommager les esprits animistes, on dorme bien du fric aux curés du pays d'à côté pour construire, en pleine brousse, Lille basilique catholique. Et puis, le mauvais sort, il s'en fout des frontières des blancs et il vous rattrape jusque dans les riantes campagnes de la profonde France, là où l'on cloue les chauves-souris sur la porte des granges.

 

Le guide est un vieux monsieur sans âge. Il vit là, paraît-il. [[ mange quoi, il fait quoi? On sait simplement qu'il inspire le respect, qu'il semble avoir tout dans la tête, et rien dans sa poche, hormis le deux mille qu'on lui tend discrètement, plié en quatre (encore un truc de blanc bien élevé qui ne parle jamais d'argent), à l'issue de la visite. Lui, au moins, il sait que les voies du Seigneur, d'Allah, de Yahweh, des ancêtres, des esprits et de Bouddha sont impénétrables et que, de toutes manières, elles ne se racontent pas.

La grotte de Sikasso résonne des sons du rap et du hip hop. Comme y zont pas le courant, y zont sûrement pas de sono. Non, c'est tout bêtement l'acoustique de cette immense salle-cathédrale creusée il ya bien longtemps par les eaux et où le fils de l'Imam et ses copains tapent la belote et boivent, entre hommes, des boissons, peut-être même alcoolisées. Le fils de l'Imam et ses copains se la coulent à l'aise douce. Dans ce lieu magique, ils s'adonnent aux plaisirs. Le fils de ce vénérable Imam aujourd'hui décédé est, paraît-il quelque peu dépravé. n a pourtant l'air calme et bien gentil.

 

A deux pas de la grande halle sonore, c'est le calme absolu, à ne rien y comprendre. On rentre, courbant l'échine, dans un dédale de petites niches où des hommes, recroquevillés, accroupis ou prosternés, déclinent les sourates du Coran. Il y en a - paraît-il - qui restent là des années durant. Impressionnant. on s'éclaire seulement à la lueur de tiges enflammées qui sent bon quelque chose. Deux mondes cohabitent, comme dans les villes voisines, catholiques, protestants, musulmans, parfois dans une même famille qui ne se déchirent pas autour d'un voile islamique.

Alors le blanc qu'on est et qui sait toujours tout se dit -mais en silence -que tout de même il y a dans le monde des choses qui lui échappent. A Sikasso, le blanc fait profil bas. Pour un fois.

 

Sikasso, Mali, 2005

FRANCOPHONIE

 

Demain, nouveau départ. Après la Belgique. Avant la Pologne. mais tout cela, c'est l'Europe. Cap au sud. Le fameux dialogue entre du nord les blancs et du sud les maghrébins et les subsahariens. Qu'allons-nous faire dans cette galère? Encore plus a sud, le guêpier ivoirien. Au Burkina, pour les infos de France, il ne se passe rien. Si, le Sommet de la Francophonie. Mondial. Oui, vu de loin, le français se porte bien. Depuis qu'il est à l'intérieur, on n'a plus droit aux envolées de Monsieur de Villepin. Chirac en grande forme va encore y aller de ses petites phrases, s'indigner, envoyer toutes sortes de protestations, revendiquer pour les populations toutes sortes de droits de. Pour lui, les formules choc qui font toc, les formules assassines pour les voisins qui sont plus loin. On causera développement durable, Agenda 21, l'Afrique doit se prendre en main, le français se porte bien. A la grandeur de la France à qui personne ne croit plus, se substituent désormais les valeurs de la France: la terre d'accueil, patrie des Droits de l'Homme, la mère du Citoyen et tralalalalère. Aujourd'hui on ne fait plus dans l'assistanat avec les États africains. Coopération, respect mutuel, concertation. J'ai oublié quelque chose? Et puis, le 28, tout ce beau et bon monde réconforté, encouragé, mais qui, sous le boubou ne croit plus aux valeurs de la France, mais alors pas du tout du tout, ce petit monde francophone devant tout le monde remontera dans les Airbus présidentiels aménagés. Les petits bras de la Coop, les bénévoles sympa continueront sur le tas à lutter contre la pauvreté, à atténuer les méfaits du Sida, à envoyer des ordinateurs cassés mais dont les Africains peuvent avoir besoin. La vie continuera après la parenthèse des chefs d’État à faire n'importe quoi pourvu que l'on ait l'impression de ne pas être des bons à rien, d'être bons envers les Africains.

 

Bordeaux, décembre 2005

OUT OF AFRICA

 

Au sommet peut-être, la capitale, mais sortis des hémicycles, son français fout le camp, allègrement. Les pauvres s'en foutent qu'il foute le camp, c'est pas la Francophonie qui leur donnera du riz. Les pauvres pour qui l'on a créé des observatoires de la pauvreté, les pauvres qui donnent à manger à ceux qui travaillent dans la lutte contre la pauvreté rectifient les données : non, nous ne sommes pas avant avant-derniers, nous sommes bien les derniers. Et les derniers seront les premiers. Les premiers au palmarès de la pauvreté. C'est qu'ils savent rigoler, des pro de la plaisanterie, saprés Bukinabé !

 

Encore faut-il différencier. Il y pauvres et pauvres! II y a ceux qui n'ont quasiment rien à manger, rien pour se soigner, pas grand chose pour se loger. Les pauvres classiques, quoi 1 Ceux qu'adorent les ONG, les pauvres qui font vivre les fonds de commerce de blancs déphasés, déboussolés chez eux, échoués au sud pour avoir perdu le nord. Ces bons pauvres là sont une manne pour les blancs au chômage ou atteints là-haut par la limite d'âge, ils sont la raison de vivre de couples en rupture, de gens qui se sont plis tellement de râteaux en pleine poire qu'ils se sentent soudain ragaillardis devant ces bons pauvres qui, quand ils écrivent, font un tas de fautes d'orthographe.

 

Alors l'Afrique, ça leur change les idées et puis, c'est plus sympa que de s'occuper des pauvres de son quartier. Il y en a aussi pour qui les pauvres sont là pour les faire oublier. Interpol n'a pas encore d'écoutes en brousse. Ces nouveaux pauvres, blancs de peau, roses plutôt, se portent plutôt bien. Leur nombre demeure stable et aurait plutôt tendance à augmenter.

 

Il y a les pauvres moins pauvres aussi, ceux qu'on aide carrément davantage, des sortes de pauvres Golden Card que l'on trouve à Ouaga 2000, un quartier d'immigrés étrangers, de Français et Moyen-orientaux qui font peine à voir tant ils s'ennuient dans la capitale du Faso, ce gros village où il n'y ni Maison Vuitton ni magasin Kenzo, pas un seul gastro avec la plus petites des toques de chez Gault et Millaud. Ces pauvres-là, on leur a construit, et ce n'est pas fini, une cité de béton, des maisons avec des tas de niches, de coins et de recoins pour caser tous les Philippins dont ils ont besoin et pour changer le cadre de leur neurasthénie. Des maisons avec des jardins, un tas de jolis massifs, des trucs emberlificotés, du gros baroque de supermarché qu'on dirait achetés dans l'hyper du Libanais d'à côté. On leur a construit de grands murs bétonnés pour que les pauvres classiques qui viennent rarement ici, car ce n'est pas la porte à côté quand on n'est pas chinomotorisé, ne puissent s'apitoyer en plus sur leurs misères et le désert de leur vie.

 

Ces pauvres-là sont en constante augmentation si l'on en croit le vaste chantier rasé de ce quartier programmé. On a même prévu des routes à quatre voies, déjà éclairées -allez savoir pourquoi ­comme les autoroutes de Belgique. Même que le Président du Faso, sans doute par solidarité, tous ses ministres aussi, ont décidé, pour être plus près de leurs administrés et des travailleurs étrangers des ONG de s'installer tout à côté, Avec ses ministres, le Président a accepté de loger dans de grandes bâtisses de béton importé, une sorte de ghetto volontaire quoi, où, exilés de plein gré, leurs cortèges étroitement surveillés Iibèreront les chaussées encombrées de la cité. La construction de Ouaga 2000 a été l'objet d'un grand élan de solidarité. Les pauvres classiques ont légué sans effort les deniers gagnés à la sueur du coton laissée par les frères et sœurs résolument en dessous de tous les seuils de pauvreté. Ce n'était pas sorcier, il suffisait de couler l'argent de leurs impôts directement dans le béton armé. Sans grande transaction pour ne pas perdre de temps et -par pudeur et discrétion -sans que l'on sache exactement ce qu'ils avaient donné. Et comme cela n'aurait certainement pas suffi, les pays du nord on mis la main à la poche.

Les Etats, les ONG d'Europe, du Canada, ont pris conscience de l'urgence pour ces populations du

sud qui ne s'en sortiraient jamais sans leur solidarité. Mais pour bien s'assurer que l'argent était bien employé, que la soit-disant corruption était bien enrayée, et que l'argent allait bien directement aux populations de la 'sous-région' comme disent les blancs, ils ont dépêché leurs représentants rejoindre leurs nouveaux amis Libyens déjà sur le terrain, ils ont dépêché leurs associations et fondations supranationales qui se sont résolues, la mort dans l'âme, elles aussi à habiter sur place. On leur a donné des 4x4 tout blancs tout neufs, électroïnisés avec de la ronce de noyer et du vrai cuir pour ne pas transpirer. Devant tant de misère, ils ont accepté de rester là plusieurs années s'il le faut pour surveiller la poursuite des travaux et témoigner que l'argent envoyé par les blancs, les jaunes et les autres ne saurait être dilapidé. La coopération décentralisée, c'est vrai, entre-temps, s'est professionnalisée.

 

Ouagadougou, novembre 2004

TOTAL

 

Le pays des hommes intègres s'inquiète de la tenue proche du Congrès francophone. Les Africains sont des gens propres. Pauvres mais propres. Y a qu'à voir dans les rues comment elles sont coquettes, les femmes dans leurs pagnes sur leurs cyclomoteurs. Les Burkinabé sont propres sur eux au dehors comme au dedans. la différence avec les pays voisins qui fait la différence. Les Burkinabé s'attaquent à tordre le cou aux petites et grandes corruptions. Oh bien sûr, ils se permettent quelques petites exceptions, mais les amitiés-services se font dans la plus grande discrétion. La propreté, c'est un peu une valeur ajoutée, et cette propreté il faut bien la monter à tous ces invités, voisins ou ceux qui viennent d'un peu plus loin. Alors, il ne faut plus compter uniquement sur les vautours décharnés semi-apprivoisés qui tournent au dessus des maquis et des égouts, partout où il y a à manger. La Mairie n'a pas encore trouvé la solution pour se débarrasser de ces sacs noir en plastique, si légers qu'ils s'envolent au moindre souffle d'Harmattan. Il va falloir faire quelque chose. En attendant, Total, oui, Total a fait son mea culpa depuis la tuile de l'Erica. Le grand pardon au Burkina. Total a placé de jolis bidons ronds à mazout usagés et vidés (mais où ça ?) de leur substance noire sur l'Avenue N'Krumah. Total veille sur votre propreté. C'est eux qui l'ont marqué. Des poubelles blanches immaculées à pas cher sur le terre-plein de la quatre voies où il ne sera pas facile, là, de les remplir, ma fois. Mais toujours, les sacs noirs virevoltent, virevoltent, les vautours tournent et tournent.

 

Bordeaux, novembre 2004

LE VIEUX

 

Le vieux blanc vénérable est resté au pays. Le vieux blanc a cassé son nez. Le Docteur lui a dit qu'à son âge, c'était mieux de prendre ses précautions, de faire attention. Après, quand ce sera cicatrisé, il pourra retourner au Burkina tout autant qu'il voudra. Le vieux blanc aux cheveux tout blanc connaît bien le Burkina. Le Burkina s'en souvient bien comme tous les pères, les vieux noirs vénérables de Haute-Volta. Tous les ex, ministres, présidents, commissaires, super intendants grands chanceliers aujourd'hui tout petits, les directeurs de ceci de cela, en veux tu en voilà. Le vieux blanc vénérable a commencé dans un garage il y a bien longtemps de cela, puis il a été ceci cela, a monté, bossé pour arriver là, un honorable retraité qui a bien mérité de ses deux patries. Un pied ici et un pied là. Avec son nez cassé, il ne peut donc mettre aujourd'hui ses deux pied au Burkina. Il ne voulait pas que ce son petit frère blanc, lui qui a les ses jambes plantées en France, soit perdu, abandonné, décontenancé en arrivant dans son deuxième pays à lui, il a donc pris son téléphone mobile et appelé un tas d'anciens ministres, présidents, commissaires, super intendants, grands, moyens et petits chanceliers, directeurs de ceci ou de cela, pour accueillir le petit blanc à l'aéroport avec tous les honneurs et le salon approprié dû à son rang de blanc au-dessus de la mêlée. Si bien qu'à l'aéroport, la pluie subite ayant le plus perturbé l'activité normale, il y avait, disséminés, tous les gens autrefois ou parfois encore maintenant influents, disséminés aux quatre coins des aires de stationnement et le petit blanc que ces messieurs -pas de dame -en boubou bleu ou blanc ne connaissaient ni d'Eve ni d'Adam. Ils se croisèrent, se saluèrent peut-être même, mais en tous cas, se ratèrent. La plupart alors s'en allèrent et le petit blanc partit avec le premier qui avait osé l'apostropher. En fait, c'était le chauffeur habituel qui venait en service; la dernière fois, le petit blanc et lui étaient devenus amis. Tout allait bien, direction l'hôtel, Bonne arrivée. Pas de problème. C'était pas la peine de déranger tous ces gens là. Et puis, entre nous, c'était bizarre avec tous ces chefs de protocole qui se baladent dans le pays, il n'y en avait pas un seul qui soit foutu de reconnaître un petit blanc d'apparence esseulée dans cet aéroport à une seule piste principale où l'on vient chercher les gens au pied de la passerelle, un hall artisanal, un pour l'arrivée et un pour le départ, une cafétéria avec la porte des toilettes qui depuis trois ans ne ferme pas et des boutiques d'artisanat qui en majorité demeurent toujours fermées. Mais comme un chef de protocole, c'est dans les gènes, possède toujours une vraie conscience professionnelle, celui qui fut en sont temps, même peut-être pas longtemps, chef du protocole en chef, oui, chef de protocole en chef de la présidence du Faso à une date pas précisée mais sûrement for ancienne, ne voulut pas rester sur cet échec. Un ex chef de protocole en chef ne rate jamais un petit blanc esseulé dans un aéroport artisanal et donc il se pointe à l'hôtel le lendemain, il l'attend, repart, revient, pour lui souhaiter bonne arrivée. C'est l'intention qui compte car en une journée il aurait pu s'en passer des choses, même dans un pays tellement hospitalier. Le petit blanc aurait pu commencer par trébucher au bas de la passerelle provisoire car l'autre était gâtée. Se faire arnaquer pour quelques CFA qu'il n'aurait pu changer. Se faire emmerder par les douaniers. Se bousiller les tripes avec un tô qui est très bon mais lourd après l'avion, une sauce avec chenilles incorporées auxquelles, non, avec la meilleure volonté, on est pas habitué. Bref, à force de patience, l'ex chef de protocole en chef a fini par le voir, le petit blanc. Il faut dire que maintenant qu'il est en retraite anticipée, qu'il a été remercié, qu'il n'est plus ce qu'il était, il est content de montrer aux petits blancs qu'il a gardé son savoir-vivre, qu'il apprécie les meilleurs bordeaux qu'il sait se faire offrir au bon moment, il a gardé tout son panache quand on le voit descendre du siège arrière de sa nouvelle mobylette que conduit, c'est plus sûr et c'est pour lui la classe, son dernier fils qui lui, se soucie moins du petit blanc que de la fille qui depuis des heures l'attend.

 

Ouagadougou, avril 2005